Guide de survie en milieu hostile

Faire partie des infertiles est déjà une plaie, mais en plus nous devons cohabiter avec les gagnants de la loterie, j’ai nommé… les fertiles! Et plus particulièrement « les futurs parents ». Cette espèce émerge plus particulièrement au printemps, les infertiles étant présents, eux, toute l’année sur le marché.

Les futurs parents pullulent lorsque les beaux jours arrivent et on peut les distinguer très facilement: les dames ont une excroissance abdominale prononcée et les hommes alternent regard fier et sourire idiot.

Si des fois il te restait un soupçon de fierté après l’échec de ta dernière FIV cet hiver… T’en fais pas, les gros bides sont de sortie et te remettent à ta place une fois pour toutes! Je m’intéresserais dans cet article à la partie féminine des futurs parents, c’est celle à laquelle je suis moi-même le plus confrontée.

Alors comment survivre entouré de tous ces gens aveuglés par un bonheur que tu jalouses depuis tant d’années? Déjà, il faut bien le préciser, tout dépend de la relation que tu entretiens avec la future maman. Ce ne sera pas la même chose s’il s’agit d’une simple collègue ou d’une amie proche.

Une collègue: je reconnais volontiers que lorsqu’une de mes collègues est enceinte je désire secrètement que les hormones feront d’elle une connasse, ce qui me permettra de la détester impunément. Mais ce n’est jamais le cas. Bitch.

Alors on reste zen, on calcule tranquillement le temps qui lui reste à faire au boulot avant son congé pour grosse, on serre les dents et on raye un bâton chaque jour… Et bien entendu c’est avec un grand sourire hypocrite qu’on lui répond non à la question « ça te dérange si je prends mon heure de grossesse (qui est mon droit le plus légitime et absolu alors je me fous de ce que tu vas me dire de toutes façons)? Prends-la ton heure de grosses fesses  grossesse.

Bien entendu, ne lui pose pas dix mille questions sur sa gestation… D’une part ça te fait du mal et d’autre part… franchement… ça t’intéresse? Bien sûr que non! Si à la pause déjà’ ça se met à parler bidou-cul rouge-et toi tu lui mets quoi sur le visage?-le mien fait de l’eczéma-nous on fait du cododo… casse-toi ailleurs. Tu n’as pas à supporter ça et les autres n’ont pas à s’adapter à toi non plus (en général tes collègues ne sont pas au courant de ta situation même si « 32 ans, mariée et une maison mais sans enfants » a de quoi interpeller).

Une amie: par définition, tu ne peux pas la détester. Par contre c’est une situation qui mérite un temps d’adaptation. A l’annonce, j’ai toujours une boule dans la gorge (voire les boules tout court), mais je ne perds pas la face (t’aimerais toi qu’on te chiale dans les bottes quand tu annonces que tu es enceinte?). Sourire de circonstance, un « je suis heureuse pour vous » qui est profondément sincère même s’il m’arrache la gueule, quelques questions de rigueur mais pas trop (pourquoi se faire du mal?).

Dès que je suis seule mais JAMAIS AVANT: je chiale un bon coup (on peut même imaginer cette scène en se roulant désespérément par terre comme les gosses dans les magasins de jouets (finalement ça a aussi du bon de ne pas pouvoir en avoir)) « Mais putain c’est pas juste!!! 3 ans qu’on essaie! 3 putain d’années de merde!!!!! Et eux ils y pensaient même pas que je bouffais déjà des hormones de merde!!! Injustice! Monde de merde! Connasse de cigogne! Allez tous vous faire fouuuuuuuuuutre bande de bâtaaaaaaaards!!!! » 10 minutes après ça va déjà mieux et le lendemain matin je passe à autre chose.

Je résumerai donc les quelques conseils de survie en milieu hostile ainsi:

  1. Connaître ses limites: ne te force pas à arpenter les couloirs des maternités avec toutes ces connes et leurs sourires béats qui y traînent.
  2. Ne pas s’isoler non plus: mets-toi à la place de ta copine en cloque, elle n’a pas, elle non plus, une position évidente. Et, de plus, tu risquerai de regretter plus tard de ne pas avoir été assez présente à ce moment important de sa vie. Il faut trouver la bonne position.
  3. Savoir remettre les gens à leur place: comme on dit la grossesse n’est pas une maladie et toi, les hémorroïdes, les nausées et le gros bide tu en ferai bien ton affaire alors ta gueule!
  4. Regarder le verre à moitié plein: Fini le fromage et le petit coup de rouge qui va bien! Alors que toi tu peux encore en profiter! Ne noie pas non plus ton chagrin dans l’alcool, cela va de soi. Mais tu peux encore t’enfiler ce tartare de boeuf que tu aimes tant et manger japonais sans scrupules. Bientôt, ta pote pourra dire adieu aux grasses mat’! Profites de cette attente pour te reposer et recharger les batteries, la PMA est une course de fond. Au quotidien essaie de voir le côté positif de chaque chose, chaque situation.
  5. Prépare ton corps à la prochaine FIV: les 10 litres d’hormones que tu as pris sur 15 jours il y a 6 mois t’ont fait prendre du poids? Tu as du temps pour essayer de les perdre. Prends le temps de retrouver ton corps, d’en prendre soin. C’est pas parce qu’on a du mal à avoir des enfants et qu’on a bouffé des tonnes de merdes qui nous ont fait gonfler que l’on doit se laisser aller! On se motive!
  6. Arrête de te comparer aux autres: oui, Clarisse a eu des gosses avant toi, et alors? Oui, à 30 ans tu pensais que tu aurais au moins 1 enfant et c’est pas le cas… Tant pis! Ne te compare pas aux autres, c’est pas parce qu’ils ont des enfants et qu’ils les ont eu en niquant un soir de cuite que ça les rend plus heureux. Ne regarde pas ce qu’il se passe chez les autres, sois égoïste, parce que tu le mérites, et occupes-toi de toi. On en reviens à 4: regarde les aspects positifs de ta vie.
  7. Faire des projets: la vie ne DOIT pas s’arrêter. Alors on se cherche des projets avec Prince, quels qu’ils soient: voyage, achats… que sais-je? Trouve-toi une activité: photo, scrapbooking, blog… Il y en a tellement!
  8. Savoir accepter de l’aide: tous les centres de PMA ont de très bons psychologues. Ca peut arriver d’avoir des petits coups de mou. J’e ai eu à plusieurs reprises, j’ai été voir cette nana qui est, de plus, spécialisée dans l’infertilité et elle m’a été de très bon conseil. Et puis bon c’est gratos donc faut pas s’en priver…!

Le dernier conseil qui fera un peu cucu peut-être mais c’est sûrement parce qu’aujourd’hui je me sens sereine: il faut y croire et se dire que nous aussi bientôt on aura les hémorroïdes, les nausées, le gros bide et on prétendra à notre heure grosses fesses grossesse.

 

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