Les jours où ça va pas

Même wonder woman a droit à des RTT. On ne peut pas m’obliger à garder ma poker face tout le temps. Le coup de mou arrive sans prévenir. Une chape de béton tombe sur les épaules de wonder woman. Et les larmes coulent. Parce que j’ai vu un schéma du bonheur parfait dans la rue composé d’une pétasse filiforme poussant un landeau de merde accompagnée de son enfoiré de mec, les deux tous sourires gazouillant en s’émerveillant sur le mioche. Parce que j’apprends une énième grossesse ou une Xème naissance. Ou bien parce que comme une conne, je décide de me peser, ce que j’ai fait ce matin. Ce bâtard de Gonal-F à doses vétérinaires ne m’a pas épargnée.

Mes larmes coulent toutes seules et je ne peux pas les arrêter, il n’y a pas grand chose à faire. Un tsunami de tristesse m’envahit, je n’ai plus envie de rien, juste de pleurer. Je pleure ce petit connard joufflu qui ne vient pas, tous ces petits embryons qui n’ont pas voulu s’accrocher. Pourquoi les mecs? On est super sympas, nous! Et on vous en aurai donné de l’amour, on en est plein! On en a des tonnes à revendre. Vous auriez eu votre piaule, des jouets à gogo et je vous aurai cousu des tas de trucs! Bande d’ingrats!

Ces jours-là, à part me mettre sous le plaid et regarder des épisodes de Revenge sur Netflix… Y’a pas grand chose à faire. Le lendemain ça va mieux, l’orage est passé, une bonne nuit de sommeil et wonder woman revêt à nouveau sa cape qui claque au vent et éblouit tout le monde de son sourire bright.

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Ma meilleure thérapie, ça reste le boulot (vous aurez compris que je ne peux pas me jeter sur la bouffe). Je dis souvent que j’ai plus besoin de l’hôpital que l’hôpital n’a besoin de moi. Je bosse à la rubrique des chiens écrasés: la réanimation. Y’a donc de quoi relativiser. Et puis mes petits patients n’étant pas en très bon état, je suis obligée de leur donner toute mon attention.

Comme beaucoup de filles dans mon cas, j’ai décidé de ne pas parler de ma situation d’infertile au travail. Quelques personnes le savent qui sont plus que des simples collègues. Je me suis dit, à tort ou à raison, que d’avoir quelques alliés n’était pas forcément une mauvaise chose, ça peut m’aider en période de FIV, pour gérer mes retards ou me remonter le moral. Alors au boulot c’est poker face, wonder woman est la reine de la déconne… Elle ne s’arrête jamais! Qui pourrait croire que cette meuf qui ne l’ouvre que pour dire des conneries vit un truc pareil chez elle?!? C’est là qu’on se dit qu’on ne connait pas les gens que l’on côtoie 12 heures par jour… Et oui, les meufs, VOUS êtes ma thérapie! Parce que quand je revêt mon magnifique et sexy pyjama, je ne suis plus l’infertile, je suis la rigolote, la déconnante, celle qui rigole de tout et ne prend rien au sérieux.

Je ne sous-estime pour autant pas leur intelligence. La nana a 32 ans, mariée, une maison, le clébard qui va bien et sans enfants… louche l’histoire! Au moins, ces petites fouinasses ont elles la délicatesse de e pas m’en parler. Une fois tous les 6 mois y’en a une qui tente sa chance « c’est pour quand le bébé? »                                                                                                              Scène de meurtre dans mon imaginaire, un truc très violent et sanglant, voire bestial, interdit aux moins de 12 ans. Je crève d’envie de lui répondre « c’est pour il y a 3 ans sale conne ». Mon côté bien éduquée m’en empêche et puis la vie en société et toussa toussa… Je préfère largement répondre « Les gosses ça couine, ça colle, ça morve et ça se chie dessus, incompatible avec le cabriolet. »

Bon… ça peut piquer et me faire passer pour une insensible mais au moins on arrête de me faire chier. La psy du service de PMA (oui, je suis dingo mais je me soigne) m’a recommandé de répondre « c’est pas si simple pour tout le monde ». Elle dit qu’avec ça on arrête de nous emmerder. Certes, mais ça sous-entend qu’il y a un souci. Non pas que j’en ai honte, pas du tout, mais je ne veux pas donner du grain à moudre à qui que ce soit à ce sujet là. L’infertilité c’est à la maison que ça se passe, pour le reste du monde je suis wonder woman l’insensible rigolote pleine de vie. Alors on relève le pif fièrement, on fait claquer la cape et on trace sa route!

 

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8 commentaires sur « Les jours où ça va pas »

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